Tribune: “Couvrez ce [véganisme] que je ne saurais voir”…

“- Par de pareils objets les âmes sont blessées, – Et cela fait venir de coupables pensées. “. D’accord, je l’admets, il serait bien étonnant que Molière ait écrit cela dans son célèbre Tartuffe. Bien trop anachronique, osé et invraisemblable pour l’époque et le lieu. Après tout, la vague végane est relativement récente en France, arrivée plus tardivement que dans les pays anglo-saxons ou nordiques. Mais qu’est-ce donc que ce courant, qui prétend changer la société et est encore largement incompris par la population, sous couvert de la défense du modèle consumériste et productif de l’exploitation animale ?

Le terme véganisme est brandi de tous côtés par les associations de protection animale. Depuis peu, le mot a même été employé par un nouveau parti politique en France, le Parti Animaliste, qui rappelle sagement sur son site web que “La question animale ne se résume pas au fait d’être végétarien ou végane : elle doit concerner l’ensemble de la population” (sur cette page).

Sur-côté ou sous-côté, le véganisme ? Une dissonance cognitive…

La souffrance animale, dit comme ça, est proscrite pour la majorité des humains (il reste encore malheureusement des exceptions, déplorables certes). Pourtant, le lien n’existe que rarement entre cette prise de conscience et les actes de consommation qui devraient s’en suivre. Dans un article paru en avril 2018 dans la revue Sciences humaines (Source : https://www.scienceshumaines.com/splendeur-et-misere-de-la-condition-animale_fr_39486.html ), le philosophe et défenseur des animaux Thomas Lepeltier écrit : 

“Bien sûr, cette reconnaissance de la sensibilité des animaux ne les a pas empêchés d’être maltraités à toute époque et sur tous les continents. Mais s’il suffisait de reconnaître une sensibilité à autrui pour prendre en considération ses intérêts, il y a longtemps que les relations humaines auraient été pacifiées. La nouveauté, au cours de ces dernières décennies, n’est donc pas la reconnaissance d’une sensibilité des animaux, mais la gêne croissante face à l’absence de prise en compte de cette sensibilité.” 

Plus loin, il poursuit :

“Devrait-on essayer de limiter ces souffrances, autant physiques que psychiques, des animaux ? Si tout le monde, ou presque, est d’accord sur le principe qu’il faut éviter de les faire souffrir, nombre de pratiques et d’activités humaines non nécessaires les plongent toutefois dans des vies misérables : ainsi, sans parler de leur mise à mort, on les enferme, les mutile et les exploite pour les loisirs, l’habillement et l’alimentation. C’est pour sortir de ce paradoxe que de plus en plus d’individus se tournent vers le véganisme. Mais ce refus de la violence est loin de faire l’unanimité.”

Le véganisme, un refus de la violence pour certains, une intolérance pour d’autres

Paradoxalement, comme beaucoup de mots finissant en “isme”, le mot fait peur, dérange les fervents partisans de l’alimentation carnée, de tout un mode de vie qui n’a guère de temps pour éprouver une once de compassion envers des êtres non humains… Si tant est qu’on puisse parler de compassion humaine de nos jours, où les intérêts contradictoires des organisations politiques, des associations et des lobbies commerciaux donnent lieu à des guerres, des conflits en tous genres, directs ou indirects. La pauvreté n’a pas disparu. La famine existe encore. Les plus basiques accès à l’hygiène ne sont pas possibles pour tous. L’argent et les statistiques prévalent sur les vies humaines… que reste-t-il aux animaux qui subissent les excès des modes de vie des hommes (et femmes ! attention #metoo est passé par ici) modernes : domaine agroalimentaire productiviste, pollution massive…

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Pour ses détracteurs, le véganisme est un privilège des bourgeois urbains bon chic bon genre qui possèdent les capacités pécuniaires de dépenser plus pour des produits de meilleure qualité, bio, locaux, responsables, écologiques, recyclés [insérer une myriade d’adjectifs pour qualifier la bien-pensance environmental-friendly]… Et cela vaut pour l’alimentation mais aussi pour l’habillement, les cosmétiques… “Quinoa, quand tu nous tiens !” : c’est bête de réduire le véganisme à cela, vous vous en doutez.

Ne serait-ce qu’une masturbation intellectuelle de consumériste urbain refoulé ? Les termes sont crus, pardon si je choque. Pour se fixer les idées, rien de mieux qu’une bonne mise au point sur la terminologie.

Je lisais dans Le Monde Idées du Samedi 26 août 2017 (oui cela commence à faire un bout de temps mais j’aime à garder sous la main des références titillantes) : “véganisme, une révolution de palais”. Bon alors oui, le chapeau le souligne, il s’agit entre autres de bannir la consommation de viande, mais pas que ! Confondre végétarien et végan est-il condamnable ? Pas forcément, mais pour faire la distinction, je vous renvoie à cet article :

Pour ceux qui ne le liront pas, je retiendrai un extrait, qui va tous nous mettre d’accord :

“La définition de 1951 [de la Vegan Society, ndlr] précise qu’un végane est une personne qui essaie de vivre sans exploiter les animaux. Concrètement, un végane exclut tous les produits d’origine animale de son alimentation (viande, poisson, coquillages, lait, œufs ou miel entre autres), de son habillement (fourrure, cuir, laine, soie, plumes) et de quelque autre domaine que ce soit (cosmétiques, loisirs, etc.). Le véganisme est donc un concept moral, qui se distingue du simple régime alimentaire appelé végétalisme.”

Alors, heureux ? On a enfin débroussaillé cette notion ! Vive la cohérence. Défendre les animaux va difficilement de pair avec une tranche de boeuf dans son assiette, ou une visite routinière dans un aquarium… Repenser son mode de vie est nécessaire lorsqu’on s’attelle à n’importe quelle cause. C’est valable pour la cause animale, comme pour la cause féministe (oulah encore un mot qui effraie les puristes !).

Lire  Livre : Zoopolis, théorie politique des droits des animaux

Pour clore cette réflexion digne des Dr Jekyll et Mr Hyde, je vous invite, végane ou non, à vous pencher sur le guide du végane GRATUIT de l’association Peta, que vous pouvez télécharger ou commander en version papier chez vous : https://www.petafrance.com/actualites/le-guide-du-vegan-en-herbe-de-peta-lu-et-approuve-par-aymeric-caron/. L’occasion, ou bien de devenir végane, ou bien de parfaire sa façon de l’être, sinon du moins de s’intéresser à cet engagement moral qui séduit de plus en plus de consciencieux.

A la prochaine ! Et n’hésitez pas à poser vos questions ou suggérer des idées/liens/actions en commentaire.

Tribune aimablement rédigée par La Bacchante Verte Qui Caquète (LBVQC: lol bien vu, quel cran !). Tous droits réservés.

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